La barquette marseillaise
Symbole de la vie maritime marseillaise et incarnation du savoir-faire naval de nos chantiers, la barquette marseillaise et ses cousins Pointus, Gozzo, Tartanes, sont des bateaux marins, robustes et confortables. De la virée en amoureux à la sortie en famille, une journée à bord d'une barquette est toujours un moment d'exception.
L’origine de la barquette marseillaise
La barquette marseillaise est la digne représentante d'une grande famille de barques méditerranéennes, tel que le gozzo napolitain ou le mourre de pouar, barque provençale dont le nom signifie « museau de cochon », présente de Toulon jusqu’à Sète depuis le XVIIIème siècle.
Barquette, en provençal comme en italien barqueto, désigne une petite embarcation. On y trouve l’origine d'où sont issus les charpentiers de marine qui « inventèrent » la barquette marseillaise.
Avant le développement du fret maritime et la venue des bois exotiques, les barquettes étaient construites en chêne pour la charpente axiale, en frêne pour la charpente transversale (Varangues et Allonges) et en bois résineux pour les bordés. Souvent les plans de pont étaient lattés en planches de grand bassam (bois prestigieux imputrescible) de nos jours les essences sont remplacées par l'iroko, le niangon.
Ce sont les charpentiers de marine du grand sud de l'Italie qui ont importé les formes de ces bateaux et leurs caractéristiques techniques à la fin du XIXème siècle et qui perdurent toujours.
À quoi reconnait-on une barquette marseillaise ?
Les barquettes marseillaises se reconnaissent à leur galbe, adapté à la navigation dans la baie de Marseille.
Le capian, pièce d'étrave située à l'avant, sert à amarrer le bateau. Sa forme allongée rehaussée de « joues » est symbole de virilité. Sa forme et sa taille font office de signature du constructeur du bateau.
Les barquettes fonctionnaient à l'origine à la voile. C'était un moyen de reconnaitre les barquettes des autres bateaux, autrefois. L'apparition du moteur à partir des années 1920 vient modifier les formes de la barquette, qui s'arrondissent à l'arrière. Aujourd’hui presque toutes motorisées, seule une centaine d'entre elles naviguent encore à la voile sur l'ensemble du bassin méditerranéen.
De la pêche à la plaisance, la barquette reste dépositaire de la culture du cabanon. Hier utilisées pour la pêche professionnelle, elles sont aujourd'hui très majoritairement dédiées au transport de marchandise, à la pêche puis à la plaisance, pour lesquelles elles offrent une excellente tenue en mer. De nombreuses barquettes ont été construites pour la plaisance, comme en témoignent leurs aménagements : le « roof » par exemple, cabine ajoutée pour le confort des plaisanciers, apparaît sur les barquettes dès les années 1920, date à laquelle la navigation de plaisance se démocratise.
Aujourd'hui, la plupart des barquettes disposent de cabines, sont motorisées et parfois même transformées par leurs propriétaires. Cependant, la barquette est encore l'outil de travail des patrons pêcheurs dits « petits métiers » marseillais : on compte en effet une trentaine de marins pêcheurs sur barquettes traditionnelles sur la seule ville de Marseille.
Marseille et ses barquettes
La barquette fait partie intégrante de l'histoire de la ville de Marseille.
Souvent bateau de famille, il est transmis de père en fils, de façon patrimoniale. Le nom des barquettes illustre ce sens fort du rapport entre la famille Marseillaise et son bateau. Fanny, Antoine, Manon, Guy ou encore Marie-Rose, les barquettes sont souvent nommées avec des prénoms du dernier né, d'une mère, d'un cher disparu... ou d'une épouse bien aimée.
La tradition chrétienne des pêcheurs originaires d'Italie du sud est aussi fortement représentée dans la nomination des barquettes: Antoine (St Antoine est le saint patron des pêcheurs), Bonne Mère, Stella Maris...
Parfois encore, ce sont des noms de poissons, de techniques de pêche ou de vents locaux qui, avec beaucoup de poésie, décrivent l'essence des traditions maritimes de Marseille. On trouve ainsi des embarcations portant les doux noms de Girelle, Pagre, Gabian, ou Mistraou...
Au travers de cette culture maritime si chère à Marseille, chaque barquette devient un chapitre historique de la ville, issu d'un livre magnifique qu'est le Vieux-Port...